L’émergence d’Emmanuel Macron a le mérite de clarifier le panorama politique hexagonal. Pour Iparralde, l’enjeu du vote abertzale consiste à faire entendre la voix des luttes et du travail de terrain mené ici depuis près de 40 ans.
Lors des élections cantonales de 2015, j’avais utilisé sur les ondes d’Euskal Irratiak l’expression de “blancs bonnets et bonnets blancs” pour différencier les politiques menées par le PS de celles mises en oeuvre par la droite.
C’est auprès de feue ma grand-mère que j’ai appris cette expression. Elle l’utilisait pour commenter les débats politiques télévisés. Au passage, ce n’était pas une intellectuelle, mais avec le temps, j’ai appris à apprécier la perspicacité de ses jugements qui émanaient de ce qu’on pourrait qualifier d’un “bon sens populaire”.
C’est la série des ralliements à Emmanuel Macron et les modalités de constitution de son gouvernement qui m’ont fait remémorer ce commentaire de ma grand-mère.
A première vue, le “spectacle” est assez pathétique : des personnalités qui, il y a peu, se crêpaient le chignon, semblent être aujourd’hui d’accord, pour peu que chacun se voit octroyer un poste ministériel ou garantir son éligibilité aux législatives.
Je ne suis pas sûr que cela redore le blason des politiques, et en tout cas, je sais ce que m’aurait dit ma grand-mère.
Mais à bien y réfléchir, quelque chose de plus profond se joue, et le “spectacle” d’aujourd’hui nous révèle que la pantomime avait lieu hier, quand beaucoup mimaient un jeu de rôle, tout en restant d’accord sur des éléments fondamentaux.
L’ancien premier ministre PS, Manuel Valls, est prêt à apporter son soutien à un gouvernement dont le premier ministre pourrait être Edouard Philippe (s’il est maintenu au lendemain des législatives) anciennement encarté LR ? Et oui ! Puisque, comme il le revendique à corps et à cris, Valls est dans le fond d’accord avec le programme d’Emmanuel Macron. Bref, blancs bonnets et bonnets blancs.
Lignes de fracture
Quels sont donc ces éléments de l’agenda d’Emmanuel Macron qui fédèrent aujourd’hui les adversaires d’hier ? Il s’agit d’abord de deux axes fondamentaux : la rigueur budgétaire justifiant le démantèlement progressif de l’Etat providence d’une part, et, d’autre part, l’austérité salariale et la “flexibilisation” du “marché” du travail visant à augmenter les bénéfices.
Rien de nouveau, ni de “moderne” dans tout ça.
Ces deux principes ont été au centre des politiques menées durant les présidences Sarkozy et Hollande. La démarche d’Emmanuel Macron chamboule la scène politique française au niveau des sigles et des appareils, mais contribue en fait à une clarification au niveau des projets, notamment au sein du PS, où une ligne de fracture entre ceux qui assument le bilan libéral de Hollande et ceux qui défendent un virage à gauche est en train de scinder le parti en deux.
Si on prend maintenant une perspective plus longue, on se rend compte qu’en réalité, la rigueur budgétaire et l’austérité salariale ont constitué les fils conducteurs de l’action publique (à de rares exceptions près comme celle des 35 heures de Martine Aubry) depuis le début des années 80, c’est-à-dire, depuis le revirement mémorable réalisé par les socialistes à partir de 83 avec la politique de “désinflation compétitive”.
Car voilà le grand (gros ?) mot qui relie ces deux principes et coagule tout ce beau monde : l’objectif affiché (en façade) de “compétitivité”.
Alors, après près de 35 ans de politiques menées au nom de la “compétitivité”, la France est-elle devenue plus “compétitive” ?
Avec 15 ans de déficits successifs de la balance commerciale difficile de répondre par l’affirmative à cette question, tout comme à celles concernant la baisse du chômage, la diminution des inégalités, etc.
Par expérience, on peut affirmer que l’agenda d’Emmanuel Macron va impliquer une formidable régression économique et sociale. Et on peut aussi se poser la question en termes démocratiques, car, il est quand même assez cocasse qu’un nouveau mouvement politique se lance dans la bataille des législatives en annonçant qu’il va continuer à démanteler le droit du travail en gouvernant par ordonnance!
Après près de 35 ans de politiques menées au nom de la “compétitivité”,
la France est-elle devenue plus “compétitive” ?
Avec 15 ans de déficits successifs de la balance commerciale
difficile de répondre par l’affirmative à cette question.
Le message abertzale
En ce qui nous concerne, à l’échelle d’Iparralde, dans le concert des prises de positions carriéristes et des “arrangements” de politique politicienne, l’enjeu du vote abertzale consiste à faire entendre la voix des luttes et du travail de terrain mené ici depuis près de 40 ans, en faveur de la reconnaissance d’Iparralde, de notre identité et de l’euskara, mais aussi dans le domaine du développement économique, de l’agriculture, des batailles sociales, syndicales, écologiques…
Le message que nous avons à adresser à tous ceux et celles (en particulier les non abertzale) qui aspirent à un véritable changement consiste à faire constater que, face à un agenda libéral “hors-sol” promu par Emmanuel Macron qui engendre à travers le monde un dérèglement global sans précédent, les pratiques dans lesquelles sont fortement engagés les abertzale contribuent à la construction concrète d’alternatives locales.
Afin de renforcer cette dynamique, nous devons continuer à lui offrir une visibilité et une audibilité politiques. Et dans un contexte de défiance généralisée à l’encontre de la politique, notre label de crédibilité se fonde sur la sincérité de l’engagement militant des abertzale de gauche dans la société d’Iparralde.
L’impulsion d’un véritable changement politique en Iparralde est possible. Mais c’est un processus de longue haleine, au sein duquel, le scrutin du 11 juin représente une étape de plus qu’il est important de franchir avec succès !